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Rapport d'étonnement n°2

Voilà désormais 4 mois que je vis dans ce pays. La moitié du chemin, déjà, seulement.

            Déjà, puisqu'il n'y a pas le temps de s'ennuyer, ce qui fait vite passer le temps. Toujours de nouveaux endroits à découvrir, des personnes à rencontrer ou à revoir. Le pays est vaste, les destinations des week-end ne manquent pas. Bien que l'écologie soit un problème important ici, il existe de merveilleux sites naturels équivalents en beauté à son voisin de République Dominicaine... mais sans les touristes ! Le réseau de volontaires éparpillés dans le pays nous permet de toujours trouver un coin de sol où dormir le soir. Comme je le disais les rencontres ne manquent pas non plus. Souvent, les haïtiens que je rencontre veulent garder contact et sont parfois très insistants par téléphone. Il n'est pas choquant pour eux d'appeler 5 ou 6 fois de suite un samedi matin à 7 h, même si l'on s'est rencontré une seule fois à un coin de rue. C'est parfois vécu par nous français comme un léger harcèlement sur le moment mais nous savons bien qu'il s'agit surtout d'un fort désir de rencontre de l'autre de la part de ce peuple hospitalier.

            Seulement, car j'ai la sensation d'être ici depuis si longtemps. Le souvenir de mon arrivée me semble dater d'une éternité. Je connais bien mon quartier, mes voisins, les marchands proches de chez moi. Tous me reconnaissent facilement et je reconnais de plus en plus d'entre eux. Les gens ne sont plus étonnés de me voir passer dans la rue. Tous ces indices qui me laisse penser que je suis désormais intégré dans le paysage (en partie du moins).

            Au retour des vacances de Noël, après 3 mois dans ce pays, moi et ma collègue, devenue une proche confidente ainsi qu'une amie, essayons d'envisager des projets plus ambitieux pour nos écoles. Nous connaissons mieux le terrain. Plutôt que des actions ponctuelles seulement, nous tentons de mener à bien des projets qui seraient susceptibles d'être poursuivis après notre départ : formation d'enseignants, rédaction de séquences « prête à utiliser », production d'affiches pour les murs des classes encore vides... Cependant la tâche est beaucoup plus difficile que des actions ponctuelles en classe, ce qui entraîne parfois des découragements face à certaines difficultés imprévus. Par exemple, comment répondre à la demande des enseignants de faire de la production d'écrits lorsque les élèves connaissent peu d'histoires. Il est compliqué de stimuler l'imagination des élèves plus habitués à réciter par cœur des leçons.

            Le doute sur la manière de mener à bien mes objectifs me poussent à parfaire mes préparations en dehors de la classe. Toutefois, je dois absolument garder le contact régulièrement avec la classe car il n'y a rien de plus motivant que de voir le sourire des enfants qui réussissent à surmonter leurs difficultés.

 

 

Clément Gonzales
Port-au-Prince, Haïti
14 février 2013