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La vie continue!

Aujourd´hui, je suis seul au bureau. Tous les collègues haïtiens sont en congé, depuis hier lundi, pour trois jours. C'est mardi gras et la période du carnaval ! Mais ici, à Port au Prince et ses banlieues, dont PETION-VILLE où je vis et travaille, il n'y a pas de carnaval cette année ! Port au Prince est privé de carnaval ! Ainsi en a décidé le Président de la République ! Le défilé risquait d'être une occasion de railler le gouvernement, de le moquer, de le caricaturer. Donc pas de carnaval ! Port au Prince est punie ! Sans doute monsieur MARTELLI a-t-il oublié qu'il y a peu c'est lui, comme chanteur, qui pastichait les gens du pouvoir. Les temps ont changé, il a été élu Président et on ne plaisante plus. Il n'est pas encore devenu un dictateur à l'instar de la quasi totalité de ses prédécesseurs, mais il en prend quelques travers et déjà tente de faire taire les critiques !

Pourtant la vie continue, malgré le Président, malgré les vicissitudes, malgré les deuils et la souffrance. Il faut bien vivre, manger, fêter, aimer, ... Partout les gens s'activent, les uns vendent ce qu'ils trouvent à vendre, d'autres parviennent à produire, des meubles, des portails ou des fauteuils en fer, des chaussures, de la boisson ou du pain en sachet plastique, ou de la restauration au coin des rues et sur les trottoirs. Tout près de nos bureaux il y a madame Simone. Madame Simone m'a bien repéré. Je suis sans doute le seul blanc à venir m'approvisionner chez elle. Elle, c'est une femme généreuse, souriante et chaleureuse, élégante à sa façon, une vraie cantinière comme on les aime. Elle prépare sur un feu de charbon de bois, sous une bâche qui la protège du soleil ou de la pluie, six jours sur sept, sauf si on le lui commande pour le dimanche, le repas de midi pour une cinquantaine de personnes ou plus. Au menu, chaque jour, c'est du riz, l'aliment national importé généralement des USA, assaisonné selon les jours de poulet ou de boeuf en sauce.
Ce n'est pas très varié mais c'est assez bon. Pour 100 gourdes haïtiennes, 2€, c'est suffisamment copieux pour que je n'ai pas besoin de plus d'un yaourt le soir. Ça me simplifie la cuisine !

Hier lundi, Ernest, un français venu ici passer une semaine pour travailler les comptes avec nos partenaires haïtiens, qui est reparti ce matin, et moi, nous avons décidé d'aller faire un tour dans les montagnes qui dominent Port au Prince. La route en lacets grimpe pendant une quinzaine de kilomètres avant que nous n'empruntions un chemin qui démarre sur notre droite. Frantz, notre chauffeur est au volant et nous conduit sur cette piste chaotique davantage conçue pour les mulets ou les motos de cross que pour le lourd véhicule de la Fédération. Entre deux chaos je tente de faire quelques photos. Au loin on aperçoit la mer des Antilles ou des Caraïbes et plus précisément la Baie de Port au Prince. Les arbres sont rares, des pins surtout. Des prairies aussi où paissent par endroits une ou deux vaches attachées à un piquet comme des chèvres chez nous. Partout des cultures. Des champs de pommes de terre, de poireaux, de patates douces.

Par moment nous croisons des femmes portant des ballots de cresson qui pousse je ne sais où, nous n'en avons pas vu. Quelques chèvres aussi, des poules, quelques cochons. Ici tout est travaillé à la main. Ni tracteur ni aucune machine agricole, ni aucun engrais d'ailleurs et le peu d'excréments des animaux ne semble pas utilisé. Mais dès quatre heure du matin les paysans sont au travail, deux heures avant le lever du soleil.

Dimanche dernier Pierre Vallières, un pasteur, surintendant du district de l'ouest (dans l'église catholique on l'appellerait évêque) m'a emmené avec lui pour un culte à Petit Goave, une localité située le long de la côte à environ 100km à l'ouest de Port au Prince.

Départ à 6h et lever à 4h30 ! Sauf chez les bénédictins, je ne me suis jamais levé si tôt pour aller à un culte! Mais ce n'est pas pour rien, le culte dure trois heures! Pour la première fois depuis mon arrivée je sors de la ville et découvre une autre réalité, la campagne. La route que nous empruntons, la seule qui longe la mer, est une route à deux voies plutôt en bon état. Par endroit il faut ralentir parce qu'elle est défoncée et on doit passer au pas dans des ornières dignes d'un sentier de montagne. Gare à celui qui tenterait de ne pas réduire sa vitesse ou serait distrait ! De chaque côté des champs de cannes à sucre ou des bananeraies. Par endroit des petits villages, des écoles, des petites échoppes où l'on vend à boire et à manger. Partout des gens qui marchent le long de la route avec souvent un colis ou du bois ou une charge sur la tête. La région parait pauvre mais ne reflète pas la misère que l'on croise à Pétionville, à Port au Prince ou dans ses banlieues.

A Petit Goave nous sommes d'abord reçus chez le pasteur méthodiste du village. (Il y a d'autres pasteurs d'autres églises dans ce même village.) Il est 8 heures. Une soupe de légumes nous attend. C'est généralement le repas du matin. Autour de la table un jeune médecin (chemise rouge sur la photo à côté du pasteur Vallières) nous parle longuement des conditions de santé très difficiles du fait que les gens sont généralement loin de tout dispensaire ou hôpital et ont très peu de notions d'hygiène. Il est gynécologue. Il évoque le drame des femmes atteintes du cancer de l'utérus pour lesquelles il n'y a aucune thérapeutique et qu'on regarde mourir dans les hôpitaux. Sans doute est ce la même chose pour tous les cancers et pour toutes sortes d'autres maladies dont le VIH qui sévit ici. Au retour à Pétion-ville je rejoins France, une psychanalyste parisienne et professeur de danse thérapie, venue faire une conférence à Port au Prince. Avec elle et deux autres français de Martinique, nous avons mis sur pieds un stage pour des jeunes des orphelinats. L'ambiance est à la fête ! Quel cadeau !
À bientôt pour d'autres récits. Sylvain

 

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