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Le temps qui passe !

Les jours et les semaines se suivent et s'additionnent les uns aux autres à une vitesse qui me surprend. Je suis arrivé il y a quatre semaines mais j'ai l'impression d'être ici depuis bien plus longtemps, l'impression qu'à la fois le temps passe vite et qu'à la fois il s'étire nonchalamment, comme sous l'effet de la chaleur tropicale.
Ici les rythmes ne sont pas les mêmes qu'en Europe, le temps n'y a pas la même consistance. Ici tout demande du temps; les déplacements qui se font par des routes encombrées en prennent beaucoup, les coupures d'électricité rajoutent à la complexité, le manque de budget qui oblige à acheter au jour le jour, même si ça coûte finalement plus cher et que ça mange encore du temps, ... Haïti est pauvre mais les haïtiens sont riches du temps dont ils disposent. Alors ils le savourent, ils le distillent, ils l'égrènent comme un chapelet. Le temps en Haïti n'est pas celui que nous connaissons. Ici la notion d'horaire est très floue. Donner rendez vous à quelqu'un à une heure donnée ne définit pas que la rencontre aura lieu à l'heure fixée ni même que le rendez vous aura lieu. Une demie heure ou une heure de retard sur un rendez vous sont chose banale. Attendre et faire attendre sont les deux faces d'une même médaille à la gloire du temps qui passe! Sauf, peut être, pour les cultes et services religieux, pour les écoles aussi. Dieu et les enseignants semblent les seuls à avoir l'exigence de ponctualité ! Les autres sont invités à patienter. Moi j'ai du mal à m'y faire, c'est un rude apprentissage pour un obsessionnel des horaires comme moi. Mais qui sait pourtant profiter d'un bon moment sur une belle terrasse !

Je retourne à l'école !

Je suis retourné à l'école et j'y ai retrouvé de vieilles sensations enfouies depuis plusieurs décennies, du temps où moi aussi je faisais la classe. Mais là j'étais doublement un étranger. Étranger à l'école bien sur mais comme blanc aussi. Et dans ce petit coin de forêt tropicale où notre 4x4 nous avait conduit tôt le matin, à travers des chemins défoncés et même en remontant le cours d'un ruisseau, un blanc ça se remarque ! En tous cas les enfants nous ont fait grand accueil, debouts, tapant des mains en chantant "Bienvenue à vous"! J'avais d'abord cru qu'ils l'avaient apprise exprès pour nous, pour moi ! Mais j'ai su depuis que tous les haïtiens la connaissent et que tous les accueils d'étrangers de toutes les écoles, même de non blancs, se font ainsi. C'était en tous cas émouvant et beau !

Mais au delà de ce chant ce que nous y avons vu dépassait mon imagination ! Une école d'une pauvreté incroyable, dont les enfants ne disposent que d'un cahier par an, où il n'y a pas d'eau, où il y a une seule latrine pour plus de cent enfants, où les classes sont toutes sous le même toit de tôle, seulement séparées par de minces feuilles de contreplaqué, sans porte, qui ne montent qu'à deux mètres du sol, (je vous laisse imaginer la possibilité d'un peu de silence ou de concentration !), où il n'y a bien sur pas l'électricité, ... et dont les enseignants n'ont pas été payés depuis fin novembre, les subsides françaises n'étant pas encore arrivées. Qu'étais je allé faire dans cette ... école ? Nous étions venus à trois de la fédération pour une visite demandée par l'association française qui soutient, à bout de bras, cette petite école dont elle est le seul financeur. L'école en Haïti est un droit constitutionnel et un devoir de l'Etat. Mais celui ci se révèle totalement impuissant à assumer cette responsabilité. Résultat : la grande majorité des écoles sont privées, souvent d'origine confessionnelle, et de niveaux scolaires très variables.

Les parents en assurent l'essentiel des ressources et à ceux qui ne peuvent pas payer gardent leurs enfants à la maison sauf s'ils ont la chance de trouver une école soutenue par de généreux mécènes. Quelques initiatives tentent pourtant de changer les choses. J'ai eu l'occasion de rencontrer au cours de ce même voyage dans le nord d'Haiti, des gens qui ont créé des coopératives scolaires. Pas une de ces caisses noires que l'on connait bien en France, qui tapent 20 ou 30€ aux parents en début de trimestre pour payer les fournitures que les communes n'assument pas. Ici il s'agit, de créer un mode de gestion coopératif autour d'une activité génératrice de revenus. L'une d'elles a monté une librairie papeterie qui permet aux élèves de payer leurs fournitures moins cher et ainsi de scolariser des enfants dont les parents sont sans ressources.
Dans une autre les enfants fabriquent des objets artisanaux qui sont revendus dans le même but. Dans la troisième d'une école d'une campagne très pauvre, le projet est de développer un élevage de cabris et de poules pour fournir les parents et leur permettre quelques ressources pour envoyer leurs enfants à l'école. Oeuvre de longue haleine, travail de fourmis, mais tellement riche d'imagination, de volonté, de générosité, de solidarité. La solidarité ici ce n'est pas un vain mot. Il m'a été dit - je vous laisse vérifier et me confirmer - que la fraternité de notre devise nationale, qui est la même que celle d'Haiti (Tiens ! Bizarre !!!) serait due à Haïti venu plaider son indépendance devant la Constituante! En tous cas retrouver le chemin de l'école à l'occasion de ce voyage dans le pays profond a été pour moi un bol d'air magnifique et source d'une grande joie qui est venue renforcer le sens de ma présence ici.

Tout le long des routes, le matin, nous doublons et croisons des centaines d'enfants qui se rendent à l'ecole parfois très loin de chez eux. Ceux ci prennent d'assaut notre pick-up où nous avons accepté de les laisser monter pour les conduire un bout de chemin. La sécurité des transports scolaires laisse un peu à désirer !

 

 

 

Parlons argent !

Je ne sais pas vous, mais moi, quand je voyage à l'étranger - ce n'est plus vrai en Europe, quoique en Suisse ...!!! - je suis régulièrement un peu perdu avec la monnaie du pays et les taux de changes à la vente et à l'achat ! Ici en Haïti, pour compliquer un peu plus, il y a deux monnaies : les gourdes et les dollars ! Les dollars haïtiens, inventés par Duvallier père, avaient la prétention d'établir une parité avec le dollars US. Les années n'ont pas confirmé ces belles espérances ce qui fait que, comme tout pays qui se respecte, Haïti voit les taux de changes avec le $US fluctuer au gré de divers événements dont il n'est pas maître. Le $ haïtien vaut 5 gourdes. La monnaie qui circule est établie en gourdes. Mais généralement les prix sont indiqués en $ !!! Fastoche !!! Si sur un pot de confiture vous voyez 46$ cela veut dire que vous devrez payer 230 gourdes! Si votre bouteille de Coca cola est estampillée 28,60$ (j'ai vérifié) vous devrez payer ... !!! (Vous avez trouvé?) C'est simple de faire ses courses ici, le panier dans une main, la calculatrice dans l'autre ! Ça refroidit les envies d'acheter ! C'est peut être ça le but ! Si vous ramenez les € là au milieu je ne vous dit pas la prise de tête !
Question à ceux qui veulent retourner à l'école : combien coûte la bouteille de Coca cola sachant que 1€ vaut 52 gourdes environ ? Le premier qui a trouvé lève la main! De tête bien sur !!!

L'aide internationale

Sitôt connue la réalité du tremblement de terre du 12 janvier 2010, un élan de générosité et de soutien au peuple haïtien s'est manifesté de tous les coins de la
planète. Des centaines de volontaires sont venus aider à dégager les décombres et sortir les rescapés et souvent des morts. Et puis l'aide s'est faite plus financière à travers nombre d'ONG qui sont venues avec projets et techniciens apporter leurs contributions pensées souvent au delà des mers. Une étude du CERFAS, observatoire créé par les jésuites de Port au Prince, et visible sur leur site internet, montre que l'essentiel de l'aide financière (90%) retourne vers les pays donateurs à travers les matériaux, machines et autres services achetés et importés, mais aussi les salaires des envoyés. Ça fait réfléchir ! D'autant que l'étude montre que depuis vingt ans les ressources par habitant en Haïti n'ont cessé de baisser y compris depuis trois ans. Aujourd'hui la plupart des ONG sont parties et l'aide a beaucoup diminuée. Ça ne suffira pas à faire remonter le PIB !

La MINUSTAH
"L'aide internationale" c'est aussi la MINUSTAH, les casques bleus de l'ONU, très présente en Haïti, principalement à Port au Prince il me semble. Pourtant le pays n'est pas en guerre ! Il y a quelque chose de presque surréaliste de voir ces camions de soldats en arme, avec parfois des chars, circuler dans les rues et sur les routes. Dire qu'ils ne sont pas aimés, même les français, est un euphémisme ! La question est quand même de savoir s'ils sont réellement utile à quelque chose. Il n'y a pas d'armée en Haïti. Et la police parait bien impuissante !

 

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